Et voici, enfin le dernier livre lu en juillet 2014 dans le cadre du challenge rentrée littéraire 2014 : le 20e.

 

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Résumé

 

          Enzo est le fils de Liouba Popov d’origine russe comme son nom l’indique. Ils habitent tous les deux dans un grand appartement dont les propriétaires sont toujours en voyage. Liouba doit y faire le ménage et comme cet appartement est situé dans un quartier grand standing, Enzo a pu être inscrit dans un bon collège.

          Parlons-en du collège pour les riches du coin. Liouba croit donner toutes les chanceages de réussir à Enzo mais il ignore qu’il est le souffre douleur de la classe. Il est obèse car amoureux du Nutella, et toujours « assis sur son cul d’obèse à lire», habillé d’un survêtement noir (le noir mincit  c’est connu), sa mère est femme de ménage et il est né de père inconnu donc le bouc émissaire idéal on trouve même qu’il a une odeur !!!!

          Ils sont logés, certes mais doivent dormir dans la même chambre, donc intimité impossible elle doit s’exiler dans le salon quand elle revient de virée nocturne hebdomadaire avec un amant de passage auquel elle présente toujours son fils qu’elle croit endormi : « c’est mon fils, il est beau hein ?» mais Enzo entend leurs ébats.

          Liouba doit faire le ménage huit par jour, mais elle travaille beaucoup plus que cela, ses mains sont usées par les lavages de doubles-rideaux intempestifs, la façon dont elle récure chaque pièce du sol au plafond dans cet appartement immense car les propriétaires reviennent toujours à l’improviste à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

          Un jour, Enzo découvre un débarras dans l’appartement, et fait une rencontre qui va changer son existence.

          On assiste à l’évolution de ce couple qui n’en est pas un et que je vous laisse découvrir…

 

 

Ce que j’en pense :

 

          J’ai éprouvé beaucoup de tendresse et d’empathie pour Enzo. C’est un adolescent qui se cherche et qui est différent des autres donc une victime toute trouvée pour ces ados en herbe qui trompent leur ennui en le martyrisant. Il m’a rappelé des souvenirs d’école : ce n’est jamais drôle d’avoir des kilos en trop dans l’enfance, les enfants ne font pas de cadeaux c’est connu, mais autrefois il s’agissait de moqueries sur le physique (grosse patate ou clou pour les trop maigres) et encore pire quand on se réfugie dans les livres et qu’on a envie de travailler bien en classe.

          A l’heure actuelle, on en est à la maltraitance pure et simple, frapper, cracher dans le cou ou sur le visage, rouer de coups…..

          Enzo finit par quitter son corps, il est au dessus mais cela n’empêche pas les coups de pleuvoir. (cf. la journée organisée pour lui via les réseaux sociaux à la quelle il échappe par miracle) il se réfugie dans ses amis les livres (le propriétaire a une immense bibliothèque qui le fait rêver). Mais ils se vengeront et de quelle manière.

         Il a la littérature qui lui tient la main et le conduit dans ce passage difficile de l’adolescence, comme une amie, une thérapeute.

          Il se débat aussi avec sa relation avec une mère qui l’a eu trop jeune et qui se punit sans cesse en briquant une maison qui doit toujours être parfaite, au cas où les propriétaires rentreraient, changer les draps des lits qui n’ont pas servi…. Elle avait dix-sept ans quand elle est tombée enceinte d’un garçon dont on ne sait pas si elle était amoureuse ou non au départ et met un point d’honneur à s’en sortir. Elle est d’origine russe donc il y a aussi un amalgame entre femme de l’est et prostitué et dans la calomnie le pas est si vite franchi.

          Enzo aimerait qu’elle soit heureuse et il essaie de la protéger, alors qu’il aurait tant besoin de l’être lui-même. Comme je le disais plus haut ils forment un drôle de « couple tous les deux. Ils s’aiment mais sont aussi maladroits l’un que l’autre et il faudra le tragique accident pour que ces deux êtres maltraités par la vie trouvent leurs marques, se parlent, se touchent et s’écoutent surtout.

          Il se pose des questions sur son père, aussi. Pourquoi il ne s’est pas intéressé à  lui. Comment peut-il se construire sans modèle masculin ?

          Un beau roman intéressant à plus d’un terme : l’évocation de la violence en milieu scolaire et de la souffrance, de la torture que subit un enfant parce qu’il est différent, alors qu’il voudrait se noyer dans la masse. Et aussi, l’auteure évoque très bien la souffrance d’une femme enceinte trop jeune qui n’a pas vraiment vécu une adolescence lui permettant de devenir une adulte en paix et qui cherche elle- aussi à être comme tout le monde. On ne lui a pas appris à être mère, elle a dû apprendre toute seule, guidée par son amour pour son fils et son bon sens.

          Véronique Olmi nous envoie un uppercut pour nous faire réfléchir sur tous ces thèmes et elle réussit parfaitement.

 

Note : 8/10

 

 

L’auteur :

 

        

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  Véronique Olmi est née à Nice en 1962 et vit à Paris. Elle a d'abord écrit pour le théâtre avant de publier son premier roman Bord de mer, Prix Alain Fournier, en  2001. Les éditions Albin Michel ont publié Nous étions faits pour être heureux en 2012 et La nuit en vérité (parution août 2013).
           Traduite dans de nombreux pays, elle est jouée autant en France qu'à l'étranger et dirige le festival théâtral le « Paris des femmes » qu'elle a créé en 2012.

Extrait d’une interview de l’auteur sur le livre dans « 20 minutes »

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Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Il leva les yeux au ciel, peut-être que là-haut quelqu'un le voyait et l'encourageait en lui désignant le monde comme un minuscule terrain d'apprentissage, traverser les rivières, enjamber les mers, monter dans un train, et toucher la terre d'où l'on vient.»

 Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Le concerto pour piano numéro 23 de Mozart, dont le deuxième mouvement est présent dans le livre, et que j'ai tant écouté en écrivant ce roman.

 

Extraits :

 

          Enzo avait les mains tellement moite que la corde glissait entre ses paumes, et autour de ses mollets elle s’échappait comme un animal farceur, impossible de la caler, ses pieds battaient l’air tout autour et elle fuyait, c’était comme un gag, les pieds d’Enzo se cognant, tressautant, et la corde qui se dérobait toujours. Même le prof avait été gagné par le fou rire car il était évident que lui, non plus ne regardait plus Enzo, sa grosseur, son survêtement noir informe, mais ses pieds qui faisaient un numéro de claquettes dans le vide. Quelques élèves tapaient des mains en rythme, un avait sorti son portable et filmait en douce…. C’est là que c’était venu, dans ce découragement, cette certitude que jamais il ne décollerait… son esprit s’était barré ailleurs. Et, Enzo était devenu invisible… P 20

 

          Un gros qui s’appelle Enzo Popov, ça fait rire instantanément, c’est un rire comme la peur, évident et transmissible, on ne peut pas expliquer pourquoi,  mais de tout temps et pour toutes les générations, un gros qui s’appelle Popov, c’est à mourir de rire.  P 36

          Le silence se fit instantanément dans la classe. Enzo n’avait aucune chance de s’en sortir, il le savait : s’il récitait sans se tromper, on le traiterait de fayot, s’il faisait une erreur, de cancre. C’est déjà fini se dit-il. Mais au travail de la pieuvre, il sut que ça commençait au contraire… ça aurait pu être n’importe où dans le monde et depuis toujours : une salle de classe dans laquelle il y avait trop de monde et pas assez de passion, trop d’ennui et aucune joie. C’était le pays de l’apprentissage et  de la bêtise, des satisfactions de groupe, avec ses convictions faciles, ses amitiés de caste, de jeunes adolescents à la conscience endormie, qui n’avaient pas envie de s’encombrer de remords, voulaient sortir de l’enfance et se ruer dans l’âge adulte, sans avoir flâné, sans avoir dérivé dans la marge, car la marge était le lieu effrayant entre tous, le lieu redouté et banni, de la différence. P 50

 

          Enzo sentit la classe, tout autour de lui, une agrégation indifférenciée qui s’appelait : les autres. Les autres qui voulaient toujours la même chose au même moment, les autres qui étaient d’accord, les autres qui n’étaient jamais loin. L’enfant perçut cette vague d’intérêt pour lui, sûrement les autres s’agaçaient qu’il regarde par la fenêtre, ils voulaient le ramener à la réalité, et la réalité ça n’était pas d’apprendre de qui il était les fils, mais de partager l’ennui commun, si possible de le distraire. Il était plus utile à la classe qu n’importe qui, la bêtise des autres s’appuyait sur lui, il était la cariatide de leur désœuvrement, et il sentit le crachat dans son cou. P 81

 

          C’était quoi, un père ? Le père de Beethoven était alcoolique. Le père de Tchekhov un parâtre. Le père de Gorki le battait comme plâtre. Le père d’Aragon se faisait passer pour son parrain. Le Père de Kafka le terrorisait. Si le père était celui qui vous donnait envie d’être ailleurs, alors Enzo n’était pas orphelin. Ce désir-là, il l’avait toujours eu, et cette évasion il la trouvait dans les livres écrits par ceux qui avaient connu leur père d’un peu trop près.  P 88

 

          Les bibliothécaires aimaient bien ce garçon paisible qui leur permettaient d’exercer leur métier, ils lui prêtaient plus de livres que le nombre autorisé et attendaient avec amusement ses retours de lectures, que l’enfant faisait sur le ton de la confidence, comme s’il avait rencontré l’auteur et que ce dernier lui avait raconté une histoire incroyable et complètement inédite. Dans ses mains, les livres rajeunissaient, on aurait dit qu’ils sortaient à peine de l’imprimerie et que l’encre n’en était pas encore sèche. P 162

 

          Le concerto n° 3 de Mozart commençait comme sa vie, pensait Liouba en savonnant ses longues jambes maigres : les instruments s’entraînaient, c’était à qui mettrait le plus d’ambiance, ça donnait envie de plonger dans la rivière, de danser au soleil. P 257

 

Lu en juillet 2014

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