Après une petite interruption dans la tenue de mon blog car fatigue importante dûe à ma maladie, je reprends mes chroniques sur mes lectures.

En tout cas, cela ne m'a pas empêchée de lire et il va me falloir du temps pour me remmetre à jour.

Voici donc, pour aujourd'hui le dernier livre de Philippe BESSON, écrivain que j'apprécie beaucoup :

la maison atlantique 3

 

 

Résumé

 

C’est l’été, il a dix-huit ans et il vient de passer son bac. Il devrait être content, plein d’insouciance. Mais sa mère s’est suicidée deux ans plus tôt, un an après avoir divorcé de son père..

Son père veut passer les vacances avec lui dans la maison familiale pour essayer, dit-il de se rapprocher de lui, car il a été très peu présent jusqu’ici.

Pour lui, la maison qui appartenait à son grand-père maternel est pleine de souvenirs pas forcément très gais.

Son père est avocat d’affaire et en fait, il voudrait vendre la maison qu’il ne juge pas digne de son standing, pour en acheter une autre dans le quartier des nantis.

En fait, très vite, ils s’opposent tous les deux, car le contentieux est lourd, il méprise son père qui a laissé mourir sa mère de chagrin. Donc, il refuse catégoriquement que la maison soit vendue. Elle appartient à sa mère, point final. Premier accrochage.

Le deuxième va venir avec la discussion à propose des études supérieures. Il veut faire lettres sup, (ce qui est bon pour les filles) alors que le père rêve d’un fils ingénieur, c’est plus flatteur pour son ego.

Il fait la connaissance d’Agathe avec laquelle il va à la plage, joue au tennis. Et quelques jours plus tard, un couple débarque dans la maison d’à côté : Cécile et Raphaël et peu à peu les choses vont dériver….

 

Ce que j’en pense :

 

Philippe Besson nous livre ici, un beau roman, sans véritable suspense car on comprend très vite qu’un drame va se jouer. Comme toujours, les personnages sont très bien étudiés sur le plan psychologique et l’analyse des affects des uns et des autres et le déroulement des faits, par un effet domino et une loi de cause à effet.

Le chemin vers le drame n’est pas inscrit à l’avance et à tout moment, une parole, un acte, un geste pourrait dévier le cours des choses, si les protagonistes et notamment le héros en avait vraiment la volonté.

Notre jeune homme (adolescent serait préférable) est brisé par le chagrin. Il ne parle jamais de sa douleur, de ses émotions il préfère les enfouir, ce qui ne peut qu’exploser un jour. Ses parents ont divorcé quand il avait quinze ans et il a assisté au spectacle de sa mère sombrant dans la dépression. Elle aimait encore son mari, même si c’était un coureur de jupons, et elle a fini par se suicider, sans laisser de lettre. On a donc conclu à une erreur dans la prise des médicaments. Ce qui a bien arrangé son père : pas responsable, pas coupable.

Il méprise son père et le juge coupable. Il sait très bien que c’est un prédateur, un coureur de jupons et que pour lui, une femme est une conquête et se gagne comme on gagne un marché ou une plaidoirie.

Il n’a aucune illusion et il a raison, cet homme peut rentrer dans la catégorie des pervers narcissiques, tout femme est une proie dont il doit s’emparer. Ce n’est pas seulement un prédateur car lorsque la femme est conquise, il se montre d’une jalousie tyrannique, possessive. Il met une pression importante que les épaules de Cécile pour qu’elle quitte Raphaël (qu’il méprise bien sûr) à part lui, aucun homme n’est intéressant, il cultive son apparence par la salle de musculation, le coiffeur chic, les costumes chics.

Tout est dans l’apparence. Il va même jusqu’à demander à son fils comme il trouve Cécile sur le plan physique et les rôles s’inversent le fils conseillant au père de la laisser tranquille et le père boudant comme si on lui refusait un jouet.

Qui est le plus adulte des deux ? « A la seconde où il l’a aperçue, mon père a fait d’elle une proie. P 50 »

Cécile est flattée car il s’intéresse à elle, elle a peur car il lui demande de la rejoindre n’importe quand, à l’hôtel, chez eux. Mais, elle ne se culpabilise pas du fait qu’elle trompe son mari mais c’est l’idée de lui mentir qui lui pose problème !!! mais le père l’aurait-il aimée si elle avait été libre ?

L’ombre de la mère du héros est toujours là : pour lui, cette maison c’est leur bonheur à tous les deux quand elle était encore là. Il n’arrive pas à faire son deuil, il se sent même coupable : elle n’a pas laissé de lettre en se suicidant : est-ce qu’il ne valait pas la peine qu’elle veuille rester en vie comme si l’amour pour le père était plus fort que l’amour maternel. Et en même temps, il n’a rien pu empêcher. C’est probablement par amour pour elle et par haine de son père qu’il laisse les évènements s’enchaîner.

Il veut punir son père et montrer à quel point il est un monstre. Comment peut-on s’approprier ce qui est à autrui ? Comment un père peut-il se désintéresser à ce point de son fils, même si celui-ci se plaît à rester dans le rôle de l’adolescent rebelle pour attirer enfin l’attention paternelle.

Raphaël est sympathique même si on ne peut s’empêcher de le trouver naïf : il aime sa femme et se doute pas de la réciprocité de cet amour. Il voit bien les gestes, les messages mais il ne veut pas aligner les coïncidences, ou faire des rapprochements probablement qu’une peur instinctive entretient son déni.

Au début des vacances, il file le parfait amour avec Agathe, donc son père le prend pour un séducteur, (comme lui en gros, donc, cela le rend fier) de ce fait notre héros va se laisser tenter par une aventure homosexuelle. Il n’a pas encore vraiment trouvé son identité sexuelle, il se cherche encore et comme tout ado, il veut faire des expériences.

Je ne sais pas s’il en est conscient, mais n’est-ce pas le pire affront qu’il peut faire à son père que lui clamer cette expérience homosexuelle, et là on a droit à un chapelet d’injures de la part du père, atteint dans son orgueil et rempli d’intolérance. Ce n’est pas un comportement d’homme dit-il, (de mâle en fait).

On a l’impression d’assister à un huis-clos, à une tragédie, la règle des trois unités… Notre héros est-il devenu adulte ? A-t-il vengé sa mère ?

Comme toujours, les chapitres sont courts, les phrases sont courtes, d’une précision presque chirurgicale.

Ce livre m’a bien plu. J’ai retrouvé le Philippe Besson que j’aime. En même temps, ce livre m’a donné envie de relire « bonjour tristesse » de Françoise Sagan, il y quelques similitudes dans le scénario.

 

 Note: 8/10

                       L’auteur :

 

 

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Extraits :

 

« Ses épanchements continuels  constituaient une source d’embarras. Et surtout, surtout, la souffrance invisible et néanmoins profonde qu’ils infligeaient à ma mère alimentait mon ressentiment à l’endroit d’un type qui se croyait tout permis, et dont l’égoïsme paraissait sans limites. P 22

 

Je me plaisais à être l’enfant d’un inconnu, un accident, ou le fruit d’une passion fugace. Je me plaisais surtout à m’imaginer hurlant à mon père : «  Tu n’es pas mon père. » p 23

 

Etait-ce de la cruauté de sa part ? Il l’aurait nié. Cependant, il s’y entendait comme personne pour commettre ces actes apparemment anodins qui sont plus blessants que les agressions les plus explicites (il s’était maintes fois révélé expert en méchancetés minuscules). P 27

 

Oui, je suppose que j’ai tenté de renouer avec les années d’avant, dans une bouffée de nostalgie qui aurait pu sembler curieuse chez un jeune homme de dix-huit ans. Au fond, très vite, dans ma vie, j’ai deviné que le passé ne cesserait de me hanter. P 32

 

L’important, c’est de dire, d’expulser. Moi, j’ai tout gardé à l’intérieur. Tout comprimé. Comme si je pressentais qu’il adviendrait nécessairement un moment, une circonstance, une occasion où l’éclatement de cette colère provoquerait les plus grands dommages, des dommages irréversibles. P 36

 

Il faudrait évidemment s’attacher davantage aux gens qu’on rencontre. Il faudrait s’intéresser à eux, prendre en charge un peu de leur vie, de leurs émois, les écouter, écouter même leurs silences, leurs interstices, mais tout va si rapidement, l’urgence commande et l’instant est roi. P 46

 

Car mon père n’aura jamais cessé d’être un prédateur… Il lui fallait remporter une victoire, et c’était le plus souvent au détriment d’un autre. Gagner. De l’argent, des parts de marché, des combats juridiques incertains…

Avec les femmes, il déployait les mêmes ruses. Dans le but de parvenir à un résultat équivalent : qu’elles lui cèdent.

Cécile était jeune et charmante. Elle constituait, à l’évidence, une cible idéale.

Raphaël n’était qu’une contrariété. Un aléa. Un problème qui trouverait sa solution. P 53

 

Et, puisque j’en suis à évoquer les traces, les choses qui subsistent, je reviens sur ceci à quoi j’ai fait allusion : ma mère, en se tuant, n’a laissé aucun mot d’explication. Pas la moindre lettre ; même pour moi. Je vais vous faire un aveu : cette lettre, pourtant, je l’ai cherché pendant des années. Je crois que je la cherche encore. P 65

 

Raphaël était un cocu magnifique. Très beau dans son innocence, dans sa pureté. Tragique, en somme. P 139

 

Et puis, c’était vrai, aussi : il lui faisait peur. Cette voracité. Ce besoin insatiable d’elle. Cette tendance d’exiger l’exclusivité. Tout cela ressemblait à de la passion. Dévorante. Douloureuse. Imprudente. P 151

 

Autour d'un verre avec Philippe Besson

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Philippe Besson - La maison atlantique

 

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Lu en mai 2014