Aujourd'hui, je vous présente un pièce de théâtre que j'ai beaucoup appréciée. Je remercie Sorj Chalandon, car c'est en lisant "le quatrième mur" que j'ai eu envie de la lire.

 

Antigone de Jean Anouilh

 

Résumé

 

Antigone est la fille d’Œdipe et Jocaste. Elle a deux frères Etéocle et Polynice et une sœur Ismène. Elle doit épouser Hémon fils de Créon.

Tout semble se dérouler comme prévu. Elle est un peu surprise qu’Hémon l’ai préférée à Ismène, plus jolie qu’elle.

Ses frères Étéocle et Polynice se sont entre-tués lors de la guerre des Sept Chefs. Leur oncle, Créon, devenu roi de Thèbes, organise des funérailles solennelles pour le premier et refuse que le corps du second soit enseveli et expose son corps à l’air sous la garde des vigiles pour que son ordre soit exécuté comme il l’a exprimé.

Seulement, Antigone refuse la décision de Créon et bravant l’interdit,  recouvre de terre le corps de Polynice, geste qui ne sera pas sans conséquences puisqu’elle se fait arrêter.

 

Ce que j’en pense :

 

Comme je l'ai dit, c’est en lisant le livre Sorj Chalandon « le quatrième mur » que j’ai eu envie de lire cette pièce de Jean Anouilh.

Je n’ai pas encore lu celle de Sophocle, donc je ne pourrai pas comparer mais ce sera une prochaine lecture car Anouilh m’en a donné l’envie.

Antigone est un personnage intéressant. C’est une rebelle qui refuse d’obéir à Créon. Elle est persuadée d’avoir raison, son frère mérite une sépulture, Créon n’a pas le droit de laisser le corps se décomposer. Elle va défendre son opinion avec entêtement jusqu’au bout. Elle sait ce qui va lui arriver, Créon essaie de la mettre en garde, il lui tend des perches pour qu’elle échappe à son funeste destin mais elle reste inébranlable.

Pour elle le monde est tout noir ou tout blanc et il n’y a pas de place pour les nuances, pour les compromis. Ce n’est pourtant pas faute de lui expliquer qu’on doit réfléchir, que l’entêtement est stérile et que sa décision va faire le malheur de tout le monde car elle entraîne les autres avec elle : Hémon, Ismène.

Créon est têtu aussi, plein d’orgueil comme Antigone : aucun des deux ne veut transiger, mais il  a du recul, de la sagesse, et essaie de démontrer qu’entre les extrêmes une autre voie est possible. Il doit jouer son rôle de chef d’état sans se dérober et ne pas céder devant Antigone.

Mourir pour des idées c’est bien mais à condition, qu’il y ait des valeurs à défendre, or Antigone veut que son frère soit enterré pour respecter les traditions, alors qu’en poussant la réflexion, elle ne l’aime pas, et ne le respecte pas. Elle s’oppose pour s’opposer. Je ne veux pas comprendre. C’est bon pour vous. Moi, je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et mourir. P 82

Cette pièce a été jouée pour la première fois en 1944 sous l’Occupation, donc il y a une autre analyse, un parallèle qui se fait. On peut considérer que la rébellion d’Antigone représente la Résistance à l’ennemi, la désobéissance au Maréchal Pétain est symbolisée par la lutte d’Antigone contre les ordres de Créon, la mort sans sépulture, sans respect évoque aussi toutes les personnes mises à mort au nom d’une idéologie.

Par contre,  c’est un pâle reflet de la Résistance, qui est une révolte certes mais une révolte qui a un sens, qui est fait au nom d’un idéal, la libération du joug, la rébellion d’Antigone est une révolte d’adolescente effrontée qui pense qu’elle a tous les pouvoirs, et qu’elle a raison contre tous, alors que la Résistance est une lutte d’adulte, réfléchie tournée vers un but altruiste : libérer la nation.

Hémon est un personnage intéressant aussi. Amoureux d’Antigone, il l’admire pour son courage et sa rébellion, il s’oppose à son père à cause d’elle et le dialogue entre les deux hommes est très intéressant car pour devenir un homme il faut désacraliser le père, ce qu’il va faire quoi qu’il lui en coûte.

Ismène est plus raisonnable qu’Antigone, moins fougueuse. Elle essaie de la raisonner. Même le personnage de la nounou est fort, elle sert de mère de substitution, elle est la voix de la raison, de la tempérance.

Anouilh  ne met pas Antigone sur un piédestal, rappelons-nous ce que dit le chœur au début de la pièce. «  Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure, qu’elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde… » P 9

Une pièce très intéressante, où chaque personnage a son importance et qui permet une réflexion sur la volonté, la révolte, l’orgueil et aussi la modération qui vient avec l’âge et l’exercice du pouvoir… Evidemment, c’est une lecture que je vous recommande vivement.

 note : 8/10

L’auteur :

 

Jean Anouilh 1

Jean Anouilh, né à Bordeaux le 23 juin 1910, son père est tailleur et sa mère pianiste.

Il arrive à Paris au début des années 20 où il termine ses études secondaires et entre en faculté de droit, mais la révélation du théâtre auquel il aspire lui vient lorsqu'il assiste à une représentation de Siegfried de Giraudoux crée par Louis Jouvet en 1928, dont il deviendra le secrétaire mais ils ne s’entendent pas et Jouvet finit par le renvoyer.

Il se met alors à l’écriture et rencontre son premier succès avec « l’Hermine » en 1932 montée au théâtre de l'Oeuvre et jouée, entre autre, par Pierre Fresnay. Anouilh se marie la même année avec une comédienne, Monelle Valentin. C'est elle qui créera le rôle d'Antigone en 1944.

Les pièces suivantes ne trouvent pas leur public et à partir de 1936, il commence à écrire des dialogues de films.  Ce n'est qu'en 1937 qu'il rencontre enfin le succès avec Le Voyageur sans bagage (Darius Milhaud en écrit la musique) monté par Georges Pitoëff.
Jusqu'à sa mort, en 1987, ses pièces sont montées régulièrement. La plupart d'entre elles ont été créées au théâtre de l'Atelier que dirige André Barsacq jusqu'à sa mort, en 1973. A partir de 1961 et de l'échec de La Grotte, il fera lui-même de la mise en scène.
Il a soutenu le jeune théâtre et il est parmi les premiers à reconnaître Beckett et Ionesco ; il monte Vitrac, Victor ou les enfants au pouvoir, en 1962. Et il a fait découvrir ou redécouvrir un certain nombre d'auteurs étrangers, Graham Greene (L'Amant complaisant, 1962), qu'il traduit, entre autres.
Il a écrit 38 pièces au cours de sa carrière ainsi qu'un recueil de Fables (1962). Il a lui-même réparti ses pièces entre "pièces roses", "pièces noires" (pour ses premières productions), puis "pièces brillantes" et "pièces grinçantes", à quoi il ajouta des "pièces baroques", des "pièces secrètes" et des "pièces farceuses".

 

Il est mort en 1987. A partir de 1942, il a classé lui-même son œuvre théâtrale par catégories : les pièces roses, les pièces noires,  les

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pièces brillantes, les pièces grinçantes, les pièces costumées, les pièces baroques, les pièces secrètes, les pièces farceuses.

Antigone fait partie des nouvelles pièces noires, avec Médée et Eurydice. Antigone fut jouée pour la première fois en février 1944 à paris, au théâtre de l’atelier, en pleine occupation allemande. La pièce sera reprise à la libération, toujours au théâtre de l’Atelier.

Finalement, Anouilh aura vécu comme il l'avait voulu : pour et par le théâtre.

 

 

 

 

 

 

Extraits :

 

Ismène : Antigone, je t’en supplie ! C’est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. Toi, tu es une fille. P 29

 

Ceux qu’on n’enterre pas errent éternellement sans jamais trouver de repos. Si mon frère vivant, était rentré, harassé d’une longue chasse, je lui aurais enlevé ses chaussures, je lui aurais fait à manger, j’aurais préparé son lit… Polynice aujourd’hui a achevé sa chasse. Il rentre à la maison où mon père et ma mère, et Etéocle aussi, l’attendent. Il a droit au repos. P 66

 

Créon : tu as peut-être cru  que d’être la fille d’Œdipe, la fille de l’orgueil d’Œdipe c’était assez pour être au dessus de la loi. P 67

 

Créon : L’orgueil d’Œdipe. Tu es l’orgueil d’Œdipe. Oui, maintenant que je l’ai retrouvé au fond de tes yeux, je te crois. Tu as dû penser que je te ferais mourir. Cela te paraissait un dénouement tout naturel pour toi, orgueilleuse. Pour ton père non plus – je ne dis pas le bonheur, il n’en était pas question – le malheur humain, c’était trop peu. L’humain vous gêne aux entournures dans la famille. Il vous faut un tête-à-tête avec le destin et la mort. P68

 

Antigone : Je vous fais peur. C’est pour cela que vous essayez de me sauver. Ce serait tout de même plus commode de garder une petite Antigone vivante et muette dans ce palais. Vous êtes trop sensible pour faire un bon tyran, voilà tout. Mais vous allez tout de même me faire mourir tout à l’heure, vous le savez et c’est pour cela que vous avez peur. C’est laid un homme qui a peur. P 79

 

Créon : Rien n’est vrai que ce qu’on ne dit pas… tu l’apprendras toi aussi, trop tard, la vie c’est un livre qu’on aime, c’est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu’on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c’est une consolation dérisoire de vieillir, la vie, ce n’est peut-être tout de même que le bonheur ! P 92

 

Créon : on est tout seul, Hémon. Le monde est nu. Et tu m’as admiré trop longtemps. Regarde-moi, c’est cela devenir un homme, voir le visage de son père en face, un jour. P 105

 

voici l'affiche du spectacle en 1944  lors de sa création au théâtre de l'atelier

affiche_atelier

La création

Mise en scène : André Barsacq
Scénographie (décors et costumes) :  André Barsacq

 



Distribution  :


   Auguste Bovério (Le Prologue / le Choeur)
    Jean Davy (Créon) reprise par Paul Oettly
    Monelle Valentin (Antigone)
    Suzanne Flon (Ismène) reprise par Catherine Toth
    André Le Gall (Hémon)
    Jean Mezeray (Le Page)
    Suzanne Dalthy (Eurydice)
    Odette Talazac (La Nourrice)
    R.G. Rembauville (Le Messager)
    Edmond Beauchamp (Premier Garde)
    Paul Mathos (Deuxième Garde)
    Jean Sylvère (Troisième Garde)

 

 

 

Lu en avril 2014