C'est la première fois que je lis cet auteur et je n'ai pas été déçue !!!!

Voici donc "Le Feu de Dieu" de Pierre Bordage.

 

 

Résumé

 

Franx (François-Xavier) a beaucoup lu sur l’écologie, les menaces qui guettent notre planète, il sent la grande catastrophe proche et a décidé il y a quelques années, avec des amis, de construire dans le Périgord noir un gigantesque bunker, inviolable. Il a tout étudié en détail, l’épaisseur des murs, le renforcement, du toit des clôtures, la nourriture en quantité suffisante et la ventilation  pour que les denrées alimentaires ne s’abîment pas. Il l’a appelé « le feu de Dieu » Les amis l’ont aidé, mais agacés par sa « paranoïa » et sa gestion stricte du domaine, peu à  peu ils quittent le navire.

Sa femme Alice a des doutes et se détache de lui. Au début du roman, Franx doit s’absenter pour aller régler l’héritage de sa tante qui vient de décéder. Il se promène dans Paris, attendant le rendez-vous avec le notaire. Pendant ce temps, le dernier couple qui restait au « feu de Dieu » en profite pour quitter les lieux. Il ne reste que Jim venu au domaine avec un couple et qui reste car il veut rajouter Alice à son tableau de chasse.

C’est à ce moment-là que la catastrophe arrive. D’abord, les séismes qui se répètent, la Seine qui disparait de façon spectaculaire dans les profondeurs de son lit qui se retrouve à sec. Les volcans entrent en éruption tout ne devient que misère et désolation.

Franx avait tout prévu sauf qu’il serait à cinq cent km du « feu de dieu » quand les évènements se produiraient, laissant sa femme Alice et ses enfants Zoé et Théo seuls avec un fou, un pervers narcissique et lubrique.

On assiste au voyage, odyssée serait un terme plus adéquat, d’un homme qui tente de survivre pour rentrer chez lui alors que sa famille tente de survivre à l’abri certes mais dans des conditions désastreuses !!!

 

Ce que j’en pense :

 

  C’est le premier roman de Pierre Bordage que je lis et j’ai été littéralement envoûté par son écriture. On est dans le roman, on voit la désolation, les émanations de souffre, ce qu’il doit faire pour survivre. On voit la cendre et la neige qui tombent en flocons, le vent glacial (il fait jusqu’à – 50° dehors) nous envahit.

Pierre Bordage alterne dans sa narration : un chapitre pour Franx, ses questionnements, son avancée et le suivant consacré à ce qui se passe dans le « feu de Dieu), ce qui nous accroche de plus en plus car on a envie de connaître la suite, chaque chapitre se terminant par un suspens.

Au cours du chemin il rencontre une femme blessée grièvement qui lui confie son enfant en lui faisant promettre de ne pas l’abandonner. Il apprivoise cette petite fille qui ne parle pas mais sent les choses, les voit de façon prémonitoire. Une relation père-fille s’installe entre eux, ils se donnent du courage mutuellement.

On voit la façon dont évoluent les humains devant une telle catastrophe : ceux qui ne pensent qu’à voler des téléphones et autres gadgets inutiles, ce que la faim peut engendrer, la survie à tout prix n’hésitant pas à exterminer les autres pour un peu de nourriture alors qu’il faudrait plutôt s’unir pour survivre, c’est la jungle, le chacun pour soi. Le pire étant la ferme abritant un couple de fermiers cannibales !!!! On voit jusqu’où l’être humain peut être cynique, lâche…

Au « feu de dieu », au contraire, on voit ce qu’un être démoniaque peut déclencher comme peurs pour maintenir sa tout puissance et son emprise sur les autres, frapper une femme ou des enfants, imposer sa loi juste pour imposer, même s’il est dans son tort. On a une très belle description du prédateur, du parasite qui ne fait rien pour améliorer le sort de ses compagnons bien au contraire critiquant la qualité de la nourriture par exemple alors qu’il devrait s’estimer heureux de pouvoir manger grâce aux prévisions de Franx.

On assiste aussi à la transformation de Zoé, la petite fille de 12 ans qui devient une femme peu à peu avec un changement dans son corps sur lequel lorgne le prédateur pour en faire une proie. Se sentant seule, incomprise abandonnée par cette mère qui ne la protège pas assez, elle note tout dans son journal qu’elle est obligée de cacher et se prenant pour Anne Franck, elle s’adresse à son futur lecteur.

Alice évolue elle-aussi, amoureuse de Grax (comme l’appelle Théo), elle se rend vite compte de qui il est réellement et voudrait bien le tuer pour protéger Zoé mais son éducation lui a appris à ne pas faire le mal et que tuer c’est mal, que peut-être l’autre peu changer. Comme toute femme sous influence, elle doute d’elle-même, pense ou espère qu’elle peut se tromper, un homme ne peut pas être aussi mauvais.

Théo est très attachant. Surnommé le microbe par sa sœur, il sent lui aussi les choses, il sait que son père est vivant, il voit des images, des scènes où Franx lutte contre les dangers avec Surya. Ils ont tous les deux ce pouvoir de télépathie qui les rend forts, car ils ne doutent pas. Il s’entraîne dans la cave avec son arc rudimentaire acérant ses flèches…

Un très beau livre pour moi, avec comme trame la catastrophe que l’homme peut engendrer en ne respectant pas la Nature et la réaction des êtres humains dans l’adversité, ceux qui deviennent des prédateurs prêts à tuer pour survivre pour eux-mêmes et ceux qui, au contraire, se bonifient , se révèlent et sortent grandis par l’épreuve.

C’est sûr, on voit venir la fin et c’est le seul bémol, mais on passe un si bon moment…

 

Note : 8/10

 

 

L’auteur :

 

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Pierre Bordage, né le 29 janvier 1955 à La Réorthe, en Vendée, est un auteur de science-fiction français. C'est avec sa trilogie Les Guerriers du silence, publiée aux éditions de l'Atalante et vendue à 50 000 exemplaires, qu'il rencontre le succès. Ce space opera ainsi que le cycle de Wang sont salués par la critique littéraire comme des œuvres majeures du renouveau de la science-fiction française des années 1990, genre qui était alors dominé par les auteurs anglo-saxons.

Au fil de ses publications, Pierre Bordage acquiert la notoriété et une reconnaissance parmi les meilleurs romanciers populaires français. Auteur d'une quarantaine d'ouvrages ainsi que de nouvelles, publiés chez différents éditeurs (notamment Au

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Diable Vauvert) et de différents genres (fantasy historique avec L'Enjomineur, science fantasy avec Les Fables de l'Humpur, polar, etc.), il a aussi conçu des novélisations et a même réalisé quelques scénarios pour le cinéma, pour ensuite s'essayer à l'adaptation théâtrale ainsi qu'à celle de sa propre œuvre en bande dessinée.

Les ouvrages de Pierre Bordage ont une orientation humaniste, axée sur la découverte de la spiritualité, la lutte contre le fanatisme ou

 

encore le détournement du pouvoir politico-religieux au profit de quelques-uns. Bien qu'issu de la science-fiction, il travaille bien davantage sur ses personnages que sur la science et les technologies qu'il met en scène, et s'inspire des épopées et des mythologies du monde entier.

Pierre Bordage a reçu de nombreux prix littéraires tels que le grand prix de l'Imaginaire (1993) et le grand prix Paul-Féval de littérature populaire (2000)

 

 

 

 

Extraits :

 

« Franx et la fillette butaient sans cesse sur les cadavres d’hommes de femmes er d’enfants qui n’avaient pas eu le temps de se couvrir. Pris de panique, ils avaient couru au hasard en croyant que les secours viendraient les tirer de là, comme dans les films et les séries télé. Le froid n’avait eu qu’à les cueillir, les paralyser et les congeler sur place, comme les mammouths de Sibérie. P 87

 

Dans les temps troublés qui suivraient le cataclysme, seuls s’en sortiraient ceux qui resteraient hermétiques à leurs émotions. Tuer ou être tué, il n’y aurait pas d’autre alternative.

 

Franx vida le chargeur du pistolet avec une rage proche de l’ivresse. Le flot continu d’adrénaline chassait de son corps la fatigue, la faim, la peur. P 224

 

Il s’était trompé en créant une masse hermétique  comme le Feu de Dieu. Les chances de survie ne résidaient pas dans l’isolement, dans la fermeture mais dans l’ouverture et le partage. Le repli sur soi rapprochait l’être humain de la nature reptilienne. Or il ne croyait pas que l’homme descendît de l’animal, même s’il en avait parfois le comportement. L’homme était un pont entre le ciel et la terre, dont le regard restait trop souvent rivé à la matière, comme leurré par la gravité. P 307

 

Le grax et le cataclysme lui confisquaient son innocence, mais c’était le lot de tous les enfants confrontés très tôt à la brutalité de la vie, les enfants soldats d’Afrique, les enfants travailleurs d’Inde, les enfants tueurs d’Amérique du Sud, les enfants prostitués des pays touristiques des pays touristiques d’Extrême-Orient… Théo, comme tous ceux-là grandissaient trop vite. Les Occidentaux avaient tenté d’éloigner de leur progéniture les spectres de la souffrance et de la mort ; la souffrance et la mort s’étaient invitées, proclamant qu’il ne pouvait pas y avoir de vie sans mort ni d’évolution sans souffrance. P 313

 

L’Eglise est une grande fossoyeuse : elle a remis en terre le Christ ressuscité. Sans doute le considérait-elle Lui-aussi comme un mutant ! P 334

 

Lorsqu’il observait la fillette dans son sommeil, si détendue qu’elle en paraissait surnaturelle, Franx débordait  d’un amour profond, inexplicable, comme un vase se remplissant à une invisible source. P 351

 

 

 

Lu en janvier 2014