Aujourd'hui je partage un roman historique que j'ai bien aimé : "l'échange des princesses" de Chantal Thomas.

 

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Résumé

 

L’histoire se déroule entre l’été 1721 et la mi-mai 1725. Le futur Louis XV est âgé de onze ans et la régence est assurée par Philippe d’Orléans qui veut se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible.

Il a alors une idée : marier le futur roi avec Anna Maria Victoria, l’infante d’Espagne, fille de Philippe VI, âgée alors de quatre ans (ce qui lui laisse du temps pour qu’elle devienne reine et accède au pouvoir.

En échange, il propose de marier sa fille Louise-Elisabeth (douze ans) avec l’infant d’Espagne, Louis, prince des Asturies.

L’affaire conclue de mains de maître par le Duc de Saint-Simon, se traduit par un voyage des deux princesses dans des conditions très difficiles (traverser les Pyrénées en carrosse n’est pas simple). Le roi Philippe VI et sa femme Elisabeth Farnèse accompagne la princesse jusqu’à la frontière et elle doit continuer seule le voyage. Devant son désarroi on lui permet d’emmener Marie-Neige une de ses intendantes avec elle.

Arrivée à Paris, Anna Maria Victoria est confiée à Madame de Ventadour qui a élevé le futur Louis XV, qui voit cela d’un mauvais œil car c’est elle qui l’a élevé (il l’appelle Maman de Ventadour) donc il se montre jaloux des liens qui se crée entre la princesse et elle.

Devenue Marie Anne Victoire, la petite fille fait de son mieux pour faire plaisir à son entourage et elle tombe amoureuse du futur roi qui est déjà très beau mais très triste car de nombreux deuils l’ont accablé : son père, sa mère… une seule chose l’intéresse la chasse (il visite souvent à Versailles la galerie où sont accrochées les têtes de cerfs que Louis XIV,  son arrière grand-père a tués et la princesse l’accompagne pour l’encourager.

Elle joue avec ses poupées, qui jouent un rôle protecteur et rappelle qu’elle n’a que quatre ans et en même temps, elle est adulée par la cour, se montre à la messe à côté de son époux qu’elle aimerait ne pas quitter alors qu’il serait plus judicieux qu’ils se voient afin que l’effet de surprise agisse sur le roi, il verrait ses transformations…

De son côté, Louise Elisabeth est assez bien accueillie en Espagne, elle a douze ans donc connaît mieux les règles mais son futur époux lui déplaît ainsi que les mœurs très libres de la cour : Philippe V et Elisabeth Farnèse sont toujours au lit et tout les monde peut entendre leurs ébats.

Son futur mari a un visage ingrat et lui-aussi n’est intéressé que par la chasse ce que Louise Elisabeth a en horreur. Elle ne l’accompagne jamais préférant la compagnie de ses dames d’honneur, avec lesquelles elle batifole et de plus elle a un comportement alimentaire anarchique. Les sorts de nos deux princesses, on s’en doute va évoluer selon les caprices de la politique et  ceux du destin…

 

Ce que j’en pense :

 

            Ce livre est très intéressant, car l’auteure nous décrit la cour et ses mœurs du côté Français et du côté Espagnol, un chapitre est consacré à Marie Anne Victoire et le suivant à Louise Elisabeth, et ils se déroulent chacun sur la même période.

Il y a de nombreux textes, pas toujours simples à lire, qui sont tirés des publications de La Gazette qui deviendra en 1762 « la gazette de France » car les deux princesses correspondent beaucoup avec leur famille. Au début, c’est Madame de Ventadour qui écrit et très vite Marie Anne Victoire apprend à lire et a écrire.

            Cette petite fille est très attachante, malgré son babil incessant, elle s’applique à suivre les conseils qu’on lui donne, pour plaire au roi surtout, et on lui raconte que le roi l’aime en retour alors qu’en fait, plus elle est amoureuse de lui et essaie de le protéger même, plus il prend des distances, car il est timide et triste, donc leur histoire par sur de fausses bases.

            En même temps, on est surpris par la maturité de cette enfant de quatre ans, elle s’intéresse à ce qui l’entoure, s’étonne de certains comportements et sent ou pressent ce qui va lui arriver.

            Du côté de Louise Elisabeth c’est l’inverse, l’infant l’aime malgré ses écarts de conduite, ses poussées d’érysipèle à répétition qui la rendent difforme alors qu’il la dégoûte. De plus, il n’a pas de charisme, il est sous la domination de son père qu’il craint beaucoup et tout va basculer quand Philippe V abdique en sa faveur.

Elle se comporte comme une enfant, elle se goinfre de tomates, de piments, elle boit. Elle ne s’intéresse à rien, elle est fantasque et probablement atteinte mentalement... « Une manie de gloutonnerie qui ne consiste pas simplement à faire des excès, mais à se goinfrer dans le besoin morbide de tout rendre – à bâfrer à en crever ».

Elle est choquée par les coutumes de l’Espagne, l’importance de la religion pratiquée de manière brutale, cf. la scène de l’autodafé qui montre bien l’importance de la place de l’Inquisition dans ce pays.

            Chantal Thomas décrit très bien les sentiments, les ressentis des deux princesses, car elle raconte l’histoire de l’échange selon leur point de vue : dénonçant au passage la façon dont on traite les femmes, comment on les dresse pour en faire des épouses soumises.

            L’auteure analyse également les intrigues politiques, chacun attendant que les favoris du moment commettent une erreur fatale, le jeu des alliances alors qu’on se hait, et qu’on attend la chute de l’autre ! Elle revient sur la façon condescendante, voire méprisante dont Louis XIV traitait son frère, le père du régent

            Ce qui est frappant en fait, c’est l’oisiveté des princes : ils ne pensent qu’à la chasse, à tuer un maximum d’animaux, et à aucun moment, on ne les voit étudier, parler politique, stratégie, économie, histoire ou littérature. On se demande comment ils vont assumer leur charge de gardien du royaume plus tard.

            L’auteur nous raconte les maladies de l’époque notamment la petite vérole, et les traitements utilisés par les médecins : saignée d’abord au talon, puis au pli du coude si la première n’a pas marché….

            En somme, un livre intéressant, bien documenté et qui se lit avec plaisir, ce n’est pas un livre d’Histoire mais un livre sur l’histoire de deux fillettes qui vont servir d’otages à la politique.

 

L’auteur :

 

 

        

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Chantal Thomas est née à Lyon en 1945. Elle est écrivain et universitaire française. Spécialiste de Sade et de Casanova, elle a publié en 2002 Les Adieux à la reine (Prix Femina), adapté au cinéma par Benoît Jacquot, son premier roman consacré aux derniers jours de la cour de Versailles.

 

En 2010, elle publie « le testament d’Olympe ».

 

 

 

 


         Elle enseigne dans de nombreuses universités américaines, notamment à Yale et Princeton, est directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique, collabore au Monde et à des productions de Radio France.

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Avec L’Échange des princesses, Chantal Thomas aborde une nouvelle fois le XVIIIe siècle, entre érudition et fantaisie.

 

               

               

 

Extraits :

 

            Oui, il a eu une idée de génie, se répète-t-il, en plongeant la tête sous l’eau. Il a trouvé la solution à deux problèmes qui le tourmentaient : le besoin politique de neutraliser l’Espagne et d’empêcher une nouvelle guerre ; l’envie secrète, sournoise, de retarder au maximum l’époque où le petit roi Louis XV pourrait donner  naissance à un dauphin de France. Ce n’est pas pour demain puisqu’il n’a encore que onze ans et n’atteindra sa majorité qu’à treize ans révolus, et même alors… mais il vaut mieux déjà s’en préoccuper…. S’il meurt sans héritier, alors… alors… eh bien la couronne lui appartient, à lui Philippe d’Orléans…

 

            Mais, Louis XV a cette histoire qui n’est qu’à lui et qu’il préserve comme la seule manière de maintenir le contact avec sa famille : de « Te Deum en Te Deum » il est rappelé que ses parents, grands-parents, arrière-grands-parents ont bien existé et qu’entre  le paradis où ils séjournent et la cour de France sur laquelle il règne, le passage est constant.

 

            Louis XV essaie d’éviter la pensée de cette résolution de mariage. On lui a retiré la chance de rêver son avenir. On a décidé à sa place. Mais pourquoi n’aimerait-il pas l’infante d’Espagne ? Pourquoi pas après tout ? Il pourrait commencer d’aimer Anna Maria Victoria comme sa petite sœur, ou sa cousine (ce qu’elle est, cousine germaine, puisqu’ils sont tous les deux les arrière-petits-enfants de Louis XIV).

 

            Tout le monde est sous le charme ou fait semblant de l’être, mais une seule personne l’aime vraiment, c’est la Palatine. Elle a reconnu au premier coup d’œil le génie spécifique de cette petite fille à la fois si « haute » et si drôle et éprouve aussitôt pour l’infante une tendresse totale. Elle n’a pas de mal à la préférer à ses petites-filles, avec une exception en faveur de Melle de Beaujolais.

 

            Assez vite la princesse va exister sur deux registres, l’un, son moi ancien, triste, mutique, boudeur, encore aggravé par les circonstances, celui qu’elle montre au prince des Asturies, à Philippe V, à Elisabeth Farnèse, à la Cour ; l’autre, son moi nouveau, moqueur, insolent, et qui ne se manifeste que dans la compagnie de ses femmes.

 

            Louis XIV avait émasculé la noblesse comme il avait émasculé son frère. Un maître en castration. Il y avait le roi Louis XIV, admirable incarnation de la virilité et de l’esprit de conquête, et à côté de lui, dans le rôle de faire- valoir sinon de repoussoir, son frère, chiffe molle, agitant ridiculement ses rubans, ses boucles, ses bijoux, ses hochets.

 

            Il joue à la guerre. Elle joue à la poupée. Quel équilibre plus parfait ? Tout semble dans l’ordre. Dans « leur » ordre. Les adultes ne seraient-ils que des fantoches à leur disposition, des figurants pour bals et batailles d’enfants.

 

Marie Anne Victoire discerne seulement qu’elle ne verra plus Madame, et ça  c’est affreux. La Palatine revient à elle et ajoute : « Dieu merci rien de cela ne vous est destiné. Vous serez heureuse, parce que le roi, votre époux… » Madame a détourné le visage. Elle s’interrompt. Elle a trop horreur de la fausseté pour se faire l’écho des mensonges officiels, mais n’a pas la cruauté d’avouer ce qu’elle a constaté très vite, et ce qui ne l’a pas surprise étant donnée son opinion sur la personnalité du garçonnet, sur son caractère profondément ennemi de toute forme de franchise.

 

En France la sécheresse étend ses ravages (juillet 1723). Les orages n’apportent pas la pluie, la Seine est très basse. A Paris, respirer c’est s’empoisonner. Dans les campagnes, les incendies se déclenchent tout seuls. Les troupeaux crèvent sur place, sur une terre craquelée, chauffée à blanc. On coupe les branches des arbres, tout ce qui a encore des feuilles, pour en nourrir les bêtes…. Les paysans n’ont rien a offrir pour apaiser la colère de Dieu. Ils se trainent à genoux…. Ils se flagellent, se meurtrissent. Ils psalmodient qu’ils sont coupables et implorent le pardon.

 

 

 

 

Lu en octobre 2013

 

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