Aujourd'hui, je partage ce petit livre de 144 pages que j'ai plutôt bien aimé. j'ai envie de le partager.

 

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Résumé

 

Ce petit livre est étonnant, on s’attend à une histoire d’amour qui se délite entre un homme Gabriel et une femme Sandrine (ceci  pourrait être n’importe lequel d’entre nous). Ils se fixent un challenge car ils sentent que l’amour entre eux ne ressemble plus à celui des premiers jours afin de faire le bilan, voir s’il faut continuer à vivre ensemble, s’ils peuvent encore partager des choses. Ils se donnent rendez-vous dans une station de métro(Zeus), lui attend sur le quai et elle doit se trouver dans le troisième wagon. Si elle descend comme prévu à cette station, leur couple sera sauvé sinon ce sera la séparation.

La décision doit se prendre en 19 secondes, c’est le temps que mettent les portent à se refermer. Chaque chapitre est en fait une seconde qui s’écoule donc 19 chapitres, durant lesquels vont se passer des tas de choses, car l’auteur fait intervenir d’autres personnages : un homme bizarre en blouson jaune qui aide une jeune fille Sophie à monter in extremis dans la wagon pour aller trouver son copain Ludo en cachette de ses parents, Emmanuel qui enseigne le Français à la faculté de Vincennes, homosexuel plus ou moins bien dans sa peau, Gilbert, photographe, Chrystelle qui fait le trajet tous les jours pour le travail (elle est la seule à travailler dans son couple, son mari devenu alcoolique.

Pierre CHARRAS  nous expose tantôt les cogitations des deux héros Sandrine avec sa tache de vin sur le cou (« son Gorbatchew » comme elle dit, qu’elle assume sans problème) et Gabriel, tantôt, il nous décrit les autres personnages. De ce fait, il y a un rythme saccadé, oppressant qui s’installe au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture. On se pressent que quelque chose de grave va se passer, on le devine même. La vie de tous va être bouleversée…

 

 

Ce que j’en pense :

            Ce livre prend possession de nous, l’angoisse monte à peine suggérée au début et on se laisse entraîner avec fascination. Pierre CHARRAS essaie de nous démontrer que la vie peut basculer d’une seconde à l’autre, que chaque instant est fragile, que le bonheur est fragile et s’en va si on ne le cultive pas. C’est aussi une illustration du papillon et du cyclone.

            (On trouve aussi l’idée que le hasard n’existe pas.)

            C’est bien écrit, les phrases sont percutantes et on s’immerge complètement dans ce petit livre. Tous les personnages sont attachants, certains plus sympathiques que d’autres, bien sûr, et la chute est bien….

 

L’auteur :

 

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Pierre Charras (né à Saint-Étienne en 1945) est un acteur, un écrivain et un traducteur d'anglais. Il a publié plusieurs romans dont Monsieur Henri, prix des deux Magots (1995), Juste avant la nuit (1998), Comédien (2000) et Dix-neuf secondes, prix du roman FNAC 2003.

Sa filmographie :

 

 

 

Extraits :

 

« Malgré son jean, ses grosses chaussures militaires, son blouson de cuir, ses cheveux courts, elle avait une grâce que rien ne peut entamer, qui dure quelques années, entre quatorze et dix-huit ans, le plus souvent. Avant, ce sont des enfants, ensuite ce sont des femmes, mais pendant la parenthèse, elles sont invincibles, inaltérables. Des sortes de déesses antiques. Ou, pour le moins, des Terriennes privilégiées qui auraient reçu des cieux ce cadeau hors de prix : plaire à tout le monde »

« Il a beaucoup de mal à classer les adolescents entre quatorze et dix-neuf ans. Comme si, au sortir de l’enfance, ils basculaient tous d’un bloc dans un âge commun. C’est à cause de cette dureté qu’ils ont aujourd’hui, indépendamment de leur milieu social, de l’entente de leurs parents, de leurs expériences intimes. Pendant quelques temps, après qu’ils ont quitté les rêves des premières années et qu’ils échappent encore aux illusions auxquelles les adultes sont bien obligés de se raccrocher pour survivre, ils sont durs, tout droits, héroïques, pourrait-on dire. Ils font bravement face à un avenir menaçant, désespérant, menacé. »

Il sent chez lui, parfois, une carence en haine. Car c’est reposant la haine, c’est naturel, c’est la plus grande pente. Comment expliquer, sinon, qu’elle soit si répandue ? Emmanuel ne hait personne. Cela ne veut pas dire qu’il a de la sympathie pour tout le monde, mais, enfin, il y a de quoi s’inquiéter.

Ça a commencé après la mort de Benoît. Emmanuel s’est perçu un jour comme imaginaire. Comme si celui qu’il voyait dans le miroir, qu’il lavait, qu’il habillait, qu’il nourrissait bouchée après bouchée, ce n’était pas lui mais encore Benoît. Cet effacement du corps, c’est son deuil, peut-être.

Personne ne semble avoir remarqué le sac. Emmanuel pense, amusé, qu’il pourrait bien contenir une bombe et il a presque envie de crier « attention » … mais il imagine la suite, lorsqu’on s’apercevra que le sac ne renferme que des chaussures de course et un short. Comme ils auront honte, tous, d’avoir eu peur et comme ils chercheront à noyer leur malaise en se retournant contre le messager. 

Oui, comme ils se moqueront de lui, alors ! La moquerie, c’est bien ce qui le terrifie le plus. Comme tous les enseignants sans doute. Lorsqu’ils montent sur l’estrade, gagnent leur bureau et affrontent leur auditoire, ils préfèreraient n’importe quoi à une moquerie. Un coup de feu, de couteau. Une bombe, oui, justement. Plutôt mourir qu’avoir honte.