Frédérique JOURDAA : « Le soleil et la cendre».

 


Le soleil et la cendre par Frédérique Jourdaa

 

Résumé

 

Grâce à Masse critique je viens de découvrir ce livre, et j’avoue qu’il me plaît beaucoup. Ce livre raconte les pourparlers autour du mariage de Louis XIV avec sa cousine germaine Marie-Thérèse, sous la férule de Mazarin dans le but de faire cesser la guerre avec l’Espagne qui dure depuis 30 ans et constitue un gouffre financier pour le royaume de France.

Or, le roi est amoureux de Marie Mancini, nièce de Mazarin, lequel a dans un premier temps favorisé cet amour multipliant leurs rencontres, leurs tête-à-tête. Brutalement, Mazarin va décider d’écarter sa nièce, de géographiquement l’éloigner du roi qui n’est pas d’accord et se targue de sa majorité pour vouloir imposer son choix amoureux.

On assiste aux intrigues de Mazarin, personnage fascinant, haut en couleur, fin politicien, retors passé maître dans l’art de l’intrigue et de la manipulation, alternant flatteries et sévérité pour qu’on lui obéisse, la main de fer dans le gant de velours, les reproches exprimés le sourire aux lèvres, tout son comportement fait qu’il est respecté et craint. Il ne laisse pas indifférent, car on ne peut qu’admirer son génie dans la politique qui peut s’avérer fascinant.

On voit évoluer aussi Fouquet, surintendant des finances qui adore le luxe et se construit un château digne d’un monarque. Il se fait fort de se rallier la confiance du roi en favorisant les rencontres en cachette avec Marie Mancini, frivole certes mais sincèrement amoureuse du roi.

Colbert aussi sort ses armes et les trahisons entre camps sont omniprésentes car la guerre coûte cher, et il faut lever des impôts alors que les tractations avec le roi d’Espagne coûtent une fortune, la cour se déplaçant vers la Bidassoa en direction de Saint-Jean-de-Luz, tandis que Marie Mancini est envoyée avec sa famille vers Bordeaux. Et sans oublier bien sûr l’omniprésence en filigrane de Condé et toute une cohorte de personnages plus ou moins truculents que je vous laisse découvrir…

En parallèle, Mazarin charge de mission  le petit fils de Nostradamus : Pierre de Nostredame chargé de veiller sur Marie par Mazarin dans le but de l’espionner et qui vit lui-même une histoire d’amour avec Louise tout en étant sensible au charme de Marie (la petite histoire dans la grande.

Les longues chevauchées où l’on épuise les chevaux sans se préoccuper de leur nourriture ou leur repos……

J’avais des souvenirs scolaires d’Anne d’Autriche qui me paraissait être un personnage froid alors qu’en fait elle porte une grande souffrance en elle car elle a été maltraitée par son époux, sa famille (elle a été longtemps stérile), et sa relation avec Mazarin est plutôt trouble.

 

Ce que j’en pense :

 

 J’aime le style délié de l’auteur, les descriptions des paysages et des situations qui nous font découvrir la France de l’époque avec ses complots, ses trahisons, ses manœuvres politiciennes qui sont encore tellement d’actualité. On ne s’ennuie jamais car on est happé dans l’histoire.

Cet épisode méconnu de l’histoire de France est passionnant, car même si on connaît la conclusion dès le départ, on se prend au jeu et je conseille vivement de lire cet ouvrage …..

 

L’auteur : Frédérique JOURDAA

 

Elle est journaliste et écrivain, on lui doit notamment : « le Baiser de Qumrân » et « la planète Attali »

Elle est également l’auteur du spectacle « les noces royales de Louis XIV » créé en 2010 sur le bassin de Neptune au château de Versailles.

Depuis 2006, elle a produit une série d’émissions sur France Musique et France Culture.

 

Extraits :

 

"Mazarin voulait la paix à tout prix: la paix des peuples bien sûr, mais aussi la paix des princes, car pour Anne qui fut à quatorze ans, échangée contre Elisabeth de France, la fille d'Henri IV et future épouse de Philippe d'Espagne sur la rivière Bidassoa, à la frontière des deux pays, l'heureuse conclusion de toutes ces luttes passait par une union entre son fils aîné et Marie-Thérèse, sa nièce. La limpieza de sangre, cette vertu héritée de l'Inquisition, qui commande aux vieux chrétiens de favoriser les unions entre mêmes familles pour ne pas souiller leur souche avec des sangs impurs, confinerait ici au sublime"

 

"C'est là-bas, sur les voiles de frégates, sur ces terres vierges dont il lisait les récits faits par les explorateurs, que se jouait l'avenir du royaume.  La vieille Europe était un rêve terminé. Pour Fouquet, le devenir de la  France, ce n'était pas les ors ternis de l'Espagne ou la poussière des Habsbourg, c'était là-bas, l'Acadie, les Antilles, la Nouvelle-France. C’était l’air pur des océans. »

 

"Princesse mariée à quatorze ans, elle se remet entre les mains de Dieu pour traverser les mille et un chausse-trappes de la cour de France, entre un roi qui se détourne d'elle et un peuple qui la déteste. Entre les mains de Dieu encore pour subir ces vingt-deux années de stérilité, ces soupçons, ces menaces de répudiation. Jusqu'à la naissance providentielle de son fils aîné, Louis Dieudonné (futur)"

"Le temps a gommé les aspérités de son caractère et enraciné sa majesté naturelle. Anne d'Autriche est un soleil noir. Autour d'elle, tout s'éteint et se fige. Elle ne se presse pas."

 

"Le temps hier figé se dégèle soudain. Il coule tel un torrent libéré. Il s'échappe par leurs paumes brûlantes et leurs iris dilatés. Qu'il est bon enfin de s'épancher, de vibrer à l'unisson, de sentir chaque fibre de soi se mêler avec volupté à l'être aimé enfin retrouvé"

 

"Etait-ce un crime d'aimer? Les cœurs épris tissaient-ils donc autant de complots périlleux pour la raison et les affaires du royaume? la voix de Marie était un ruisseau. Rien n'y manquait, le souffle, l'écho, les étincelles et les ombres quand elle évoquait sa passion  secrète et partagée  pour le roi de France"

 

" Bien qu'il fut le premier gentilhomme de France, le roi de France n'avait ni argent ni pouvoir. Son accession prématurée au trône avait permis à ses tuteurs d'organiser le royaume de telle sorte que ses grands commis décidaient de tout et en tout lieu. Il n'était pas le maître du jeu. S'il en avait été autrement, sans doute Marie (Mancini) eût-elle été à ses côtés, et peut-être déjà reine de France"

 

"Tel est le propre de la politique, où il faut savoir du jour au lendemain sourire aux pires ennemis de la veille et tourner le dos à ceux qui hier vous tendaient la main."

 

L’avenir l’effraie. Du plus loin qu’il s’en souvienne, il porte l’habit de roi. Jusqu’à ce jour, il n’en a connu que les jeux, la musique, le théâtre, la chasse, la parade. Pour lui, sa mère et Mazarin ont tout supporté, affronté les guerres étrangères et les troubles domestiques, déjoué les cabales, fait tomber Condé, ce prince de sang qui avait osé prendre la tête de ses ennemis. »

 

« Nicolas Fouquet aimait la mer et les marins. Face à la houle, disait-il, on ne ment pas. Richesses ou infortunes, le destin s’y joue en un coup de barre. Son cœur battait avec le flux des marées. »