"Et puis il n'avait pas, ce jour, le coeur à la fête. Il ne n'avait plus depuis longtemps. une longue route l'attendait pour retrouver celui qui l'avait fait vieillir d'un coup, bien avant que le temps ne fasse son travail de sape. il allait bientôt avoir cinquante sept ans et lui vingt-cinq."

"Dans cette histoire sans paroles, il ressemblait, comme disait sa mère, au muet qui confiait à un sourd qu'un aveugle les regardait."

"C'est en regardant s'éloigner les navires marchands que le désir de quitter le pays s'était un jour insinué en lui."

"Six familles s'entassaient autour d'une cour au sol cimenté où se mêlaient les odeurs de nourriture, d'eau de Javel, de crésyl et d'humidité. Faute d'espace, on faisait, souvent à ciel ouvert, sa cuisine et sa lessive. la fontaine, les toilettes à la turque et les fils à linge étaient communs. Comme au douar, on s'éclairait au quinquet à pétrole ou à la bougie"

"Même quand il habitait avec sa mère chez son oncle, il n'était jamais sorti avec elle et aucune intimité ne les avait réunis. ils s'étaient retrouvés devant le cadi et l'officier d'état civil pour confirmer, en présence de leurs proches, leur consentement, puis la date des épousailles  fut fixée. Il lui était resté fidèle et discrètement attentif. Comme ses parents, ils s'étaient toujours respectés."

" Très tôt, par la force des choses et du temps, il était devenu orphelin d'une histoire familiale avec ses drames et ses joies, sa force et ses aspérités, ses signes de ralliement et ses divisions. il ressemblait à un fildefériste qui avançait, sans balancier ni filet, le pied enfoncé dans le vide. il était presque sans attaches, sans liens avec les siens pour qui il n'était peut-être plus qu'un fantôme oublieux et oublié."